Pierre
BONNARD

(1867 - 1947)

<

Promenade à Paris, circa 1911

Huile sur toile, cachet de la succession en bas à gauche.
40 x 60 cm

Provenance
Collection Pierre et Marie-Françoise Vernon

Bibliographie :
Dauberville Jean et Henry, Bonnard, Vol. IV, Paris, Bernheim-Jeune, 1974, reproduit en p. 312 sous le n°01992.

Expositions :
Pierre Bonnard, A. Tooth & Sons, Londres,17 juin-12 juillet 1969, reproduit au catalogue d'exposition sous le n°8.
Matisse e Bonnard. Viva la pittura!, Roma, 2006, reproduit au catalogue de l'exposition (ed. Skira) en p. 340 sous le n°125. 
Bonnard, Le Cannet, une évidence, Musée Bonnard, Le Cannet, 2020, reproduit au catalogue d'exposition en p.42.

Certificat d'authenticité établi par Pierre Vernon. 

 

La construction de cette œuvre de Pierre Bonnard rappelle que l’artiste fut aussi photographe, expérimentant des cadrages audacieux.
Sa peinture a beau saisir l’instant, elle n’a pourtant rien de commun avec la photographie réaliste et balbutiante de ce début de siècle. Toute de couleurs et de sensations, elle construit un monde fragile, d’une subtile harmonie.
Juste avant d'épouser le Sud, de faire exploser la lumière méridionale en couleurs sur ses toiles, Bonnard éprouve les ressorts d'une sensualité plus sourde en ce début des années 1910, tandis qu'il occupe un atelier dans la capitale, non loin de l'avenue qui est ici représentée. Le « Nabi très japonard », ainsi que le surnommaient les amis du groupe de sa jeunesse, sait faire naître sur la toile la couleur d’un murmure, le secret d’une lettre.

D’un côté du tableau, les tons froids — bleus et violets juxtaposés — s’opposent à la rousseur de cette avenue parisienne automnale, faisant surgir au premier plan, sous un chapeau baigné de lumière comme une auréole réinventée, le visage penché d’une lectrice. Ses yeux nous sont cachés, absorbés par la lecture. Bien qu’elle ait ôté ses gants, sans doute ne sent-elle plus le froid piquant de cet après-midi de novembre…
Les élégantes silhouettes glissent dans le paysage ; pourtant elles persistent, avec cette héroïne au chapeau, sur notre rétine et dans notre mémoire, comme les complices d’une intimité partagée — le temps d’une lettre d’amour.

Ce tableau, inédit sur le marché de l'art depuis les années 1960, a connu plusieurs expositions muséales dont la dernière, en 2020, au musée du Cannet, consacré à l'artiste.